Billet posté le lundi 4 juin 2007.
Madame, Monsieur,
Chère amie, cher ami,
Si je me permets de vous écrire, c’est parce que je suis candidate aux prochaines élections fédérales. Mon parti, Ecolo, m’a confié la septième place sur sa liste pour le sénat.
J’ai accepté cette responsabilité parce que je sens plus que jamais le besoin de lutter pour un monde plus juste que celui dans lequel nous vivons. Nous n’avons jamais disposé d’autant de connaissances, de culture, de richesses, mais nous serions incapables d’assurer à chacun et chacune sur cette planète des conditions de vie dignes ?
Le contexte est en effet celui d’une augmentation constante des inégalités, d’un recul massif des droits des salariés et des allocataires sociaux. La précarité touche des centaines de milliers de personnes en Belgique (plus de 500 000 Wallons vivent sous le seuil de pauvreté), particulièrement parmi les jeunes, les personnes âgées et les femmes. La qualité de l’emploi est en recul tandis que l’intensité du travail, le stress, les contrats à temps partiel et à durée courte et déterminée sont en augmentation.
Une des priorités est sans conteste le logement, dont le prix a explosé ces dernières années au-delà de toute mesure. Il faut non seulement contrôler les loyers, mais également mettre en place en extrême urgence un plan de rénovation et de construction de logements et notamment de logement sociaux. Les moyens existent. Il suffit de ne pas les consacrer à la diminution des impôts comme l’a fait le gouvernement sortant.
En fait, c’est un bilan catastrophique que laisse ce gouvernement sortant en ce qui concerne l’égalité. Le soi-disant « pacte » entre les générations est une illustration frappante du recul des acquis sociaux des plus faibles. L’instauration des « titres-services » représente véritablement une institutionnalisation de la précarité,... au bénéfice des plus riches une fois encore. De même, c’est une véritable « chasse aux chômeurs & aux chômeuses » qu’a lancé ce gouvernement. La mise sous pression permanente des chercheurs d’emploi et l’exclusion d’un certain nombre d’entre eux de leurs droits sont inacceptables quand il y a, au bas mot, 10 ou 20 fois moins d’offres d’emploi que de personnes prêtes à les occuper.
Cette situation n’est pourtant en rien une fatalité. Une réduction du temps de travail s’impose, suffisamment ambitieuse pour provoquer une redistribution de l’emploi. Des secteurs d’emploi sont également à développer dans des domaines dont il est urgent de se préoccuper pour l’avenir de la société : services publics, aide aux personnes, éco-contruction et énergies renouvelables.
Mais il s’agit aussi et surtout de mieux répartir les richesses. La part de la richesse produite attribuée aux revenus du travail a décru de plus de 10 % ces vingt dernières années, au bénéfice des revenus du capital. Il faut inverser cette tendance, non seulement en rééquilibrant la fiscalité au bénéfice des revenus du travail, mais aussi en taxant la fortune et les flux financiers.
Je suis également favorable à la mise en place de nouveaux droits. Je pense en particulier au droit à la mobilité, qui conditionne tous les autres et est aujourd’hui loin d’être garanti pour tout le monde. Je milite pour la gratuité généralisée des transports en commun, c’est-à-dire pour leur financement sur une base collective. Mais il faut également redéployer massivement les services publics de transports, notamment pour desservir correctement les zones rurales. Cette mesure permettra de réduire les inégalités, elle permettra aussi de réduire les dégâts écologiques, urbains, sanitaires... liés à notre usage abusif de la voiture.
Un second motif de préoccupation est pour moi l’état de notre démocratie. La ratification par la Belgique des lois « anti-terroristes » imposées par la puissance étatsunienne et qui mettent à mal la liberté d’association et la liberté d’expression comme on a pu le constater dans le dossier « DHKC », la politique d’asile et en particulier l’existence de centres fermés (dont certains, abjection totale, incarcèrent des enfants), la détention illégale de l’arme nucléaire de l’OTAN sur notre territoire, la multiplication des systèmes de surveillance qui réduisent dramatiquement le champ de notre vie privée, les conditions de détention dans les prisons (régulièrement dénoncées par les organisations de défense des droits humains), sont autant d’injures inacceptables à l’encontre de notre démocratie. La gravité de ces problèmes mériterait un traitement médiatique bien plus important que les très lamentables « affaires » qui occupent l’avant-scène.
Il est vrai que la situation des médias se dégrade elle-aussi. Le phénomène de concentration qui se produit actuellement en Europe donne le pouvoir médiatique à quelques tycoons (Murdoch, Berlusconi, Lagardère) qui ne se gênent pas pour l’utiliser au service de leurs intérêts et de leurs amis, menaçant le pluralisme de l’information et l’indépendance journalistique.
En dernière analyse, c’est le modèle dominant qui est en cause, la place démesurée laissée aux logiques économiques libérales et au capitalisme. Combien de décisions politiques sont prises aujourd’hui en fonction de lobbies financiers plutôt que dans l’intérêt général ? Subordonner l’économie à la politique n’est pourtant pas une utopie : c’est une question de volonté ! Bien que mon parti se soit positionné en faveur du Traité constitutionnel européen, je reste pour ma part opposée à ce texte, dans la mesure où il ne remplit pas cet impératif de subordination.
J’agis pour la construction de nouveaux types d’échanges économiques, où la monnaie n’est qu’une valeur parmi d’autres échanges (relationnels, sociaux, culturels). La sacro-sainte croissance économique n’a pas de sens : elle est le reflet du Produit intérieur brut (PIB), c’est à dire de la masse d’échanges économiques. Elle ne prend pas en compte les coûts sociaux, environnementaux, culturels, les effets sur la santé, la sécurité et les libertés humaines.
Pour ma part, je préfère parler de croissance du bien-être, à commencer par des domaines qui nous touchent tous au quotidien : avoir un toit, manger, se déplacer, s’épanouir dans ses activités (le travail rémunéré n’étant pas la seule activité socialement utile dans mon chef, comme vous l’aurez compris).
Je pense qu’Ecolo est aujourd’hui le meilleur lieu d’où lutter pour tous ces objectifs. Le meilleur, parce, à la différence des autres partis aujourd’hui en mesure d’avoir une représentation dans les assemblées, Ecolo reste un parti de militants dont la motivation première est l’amélioration du sort des plus faibles.
Liège, le 3 juin 2007
Mathilde Collin
7e effective sur la liste Ecolo au Sénat
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